Mondes sonores : mon cd à moi !

Pauline am 14. November 2009 um 12:10

(Zur deutschen Version: Klangwelten: meine eigene CD!)

Aujourd’hui, j’ai enfin reçu le micro et le magnétophone pour pouvoir enregistrer ma musique. Mais il faut que je vous raconte de quoi il s’agit : cela remonte à quelques semaines, quelqu’un que je ne connais pas a laissé un commentaire sur ce blog et m’a invitée à aller voir son site internet ce que j’ai fait. Puis je suis entrée en contact avec lui et on s’est écrit deux ou trois fois : il m’a proposé de participer à un atelier sur les rêves. Et il croit en moi, il me fait confiance, il pense que je peux composer de la musique et que je ne dois pas avoir peur de me lancer… Ma mère se moque de moi, chaque fois qu’elle m’entend faire des essais au piano, improviser un air, tâtonner, revenir en arrière, recommencer… Elle est tellement méprisante et elle me répète sans cesse de me consacrer aux morceaux du concours et d’arrêter de perdre mon temps avec ce qu’elle appelle mes petits bouts de rêve.


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Et donc, maintenant, je vais pouvoir enregistrer ma musique (en cachette, je suppose), mais aussi des bruitages, des sons que j’entends autour de moi, et que j’ai envie de mélanger à la musique pour en faire un nouveau tout, un paysage sonore qui me ressemble. Je me suis un peu baladée dehors et j’ai enregistré des chants d’oiseau. Bientôt, il faudra que j’envoie tout ca à M. Bineur et plus tard, il me renverra un CD, mon CD - je sais déjà comment je vais l’appeler : ce sera “Le jardin”, à cause des rêves que j’ai faits ces derniers temps.

Rêves de jardin

Pauline am 7. November 2009 um 18:04

(Zur deutschen Version: Seltsame Träume)

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Je suis un peu inquiète, je dors très mal depuis quelques temps déjà, et je fais des rêves récurrents, tous très ressemblants, mais avec des détails qui changent. Je cherche mon chemin, je ne vois que des portes fermées, impossibles à ouvrir. Et pourtant, il y a quelque chose ou quelqu’un derrière la porte, je vois de la lumière. J’entends des voix et des sons éthérés, sphériques, surnaturels.

gate


La dernière fois, c’était si net que je m’en souviens encore : j’étais à l’orée d’un parc, d’un grand jardin à l’abandon, devant un portail fermé couvert de verdure …

Obsession Rachmaninoff

Pauline am 1. November 2009 um 15:42

(Zur deutschen Version: Besessen von Rachmaninoff)

Ma mère est de plus en plus bizarre, elle se replie sur elle-même, elle ne sort presque plus de la maison, ne va plus voir ses amies, ne va plus dans les magasins (elle se fait livrer les courses), ne vient jamais me chercher au collège, je suis obligée de prendre le car tous les jours. Elle passe des heures au téléphone, surtout avec Nathalie, la mère de Camille.

Et elle écoute et réécoute « SON » CD, encore et encore, en boucle, assise à la table de la cuisine, en ressassant des idées noires. J’aurais mieux fait de le laisser où il était, celui-là. C’est de la musique qui rend fou… Vous connaissez le film « Shine », à ce propos (c’est la vie du pianiste David Helfgott, qui est devenu célèbre grâce au concerto n°3) ?



Et ma mère est de plus en plus obsédée par le concours qui approche – c’est une victoire qu’il lui faut, rien d’autre ne la satisfera, elle veut réaliser son rêve à travers moi. Et pourtant, elle ne va pas m’accompagner, c’est Madame Bolchakova qui prendra l’avion avec moi. Je les déteste toutes les deux. Je ne veux pas y aller, moi, à Francfort, et j’ai peur.

Nuit de Lune

Pauline am 25. Oktober 2009 um 16:41

(Zur deutschen Version: Mondnacht)

C’était comme si le ciel
Eût embrassé la terre,
Comme si dans la clarté des fleurs,
Elle eût à rêver de lui.

L’air passait à travers champs,
Les épis se berçaient lentement,
Les forêts bruissaient doucement,
Tant la nuit était claire d’étoiles.

Et mon âme étendait
Largement ses ailes,
Volait à travers des campagnes calmes,
Comme pour rentrer chez elle.

Joseph von Eichendorff
1835
Traduction française: Wikisource

mondnacht

Un garçon - pourquoi moi ?

Pauline am 17. Oktober 2009 um 19:13

(Zur deutschen Version: Ein Junge als Brieffreund - ich Arme!)

Ce n’est pas vrai ! Je n’y crois pas ! Moi qui me réjouissais d’avoir bientôt une nouvelle amie – et je dis bien UNE, ce n’est pas une fille avec qui je vais devoir correspondre, mais un garçon. Je ne sais pas comment sont les Allemands de 13-14 ans, mais les Français, à cet âge, ils sont très immatures et il n’y a rien à en tirer (à part Erwan, mais lui, il est hors-concours) jusqu’à la seconde ou la première. Il y a plus de garçons que de filles dans la classe allemande avec laquelle nous sommes maintenant jumelés et comme aucune fille de ma classe ne s’est portée volontaire pour correspondre avec un garçon, la prof a décidé de faire un tirage au sort.

Pourquoi est-ce que ça tombe sur moi ? J’ai sa fiche de présentation (ils sont bien organisés les Allemands, ils nous ont envoyés des sortes de fiches d’identité de tous les élèves, et maintenant, il faut qu’on fasse la même chose pour notre classe). Il s’appelle Simon et il a l’air plutôt sympa, sur la photo. Son père a un métier pas banal : directeur de musée, un truc qui s’appelle Vokathek. Je vais lui demander ce que c’est exactement, ça fera toujours un sujet de conversation… Oui, oui, j’arrête der râler pour rien. Mais en tous cas, pas question que je dorme dans sa chambre quand j’irai à Berlin !

Il faut du talent, pour jouer Rachmaninoff

Pauline am 9. Oktober 2009 um 22:15

(Zur deutschen Version: Ohne Talent, kein Rachmaninoff)

Ma mère ne m’a donné que des explications confuses, lorsque je lui ai montré les CD que j’ai trouvés, elle ne voulait même pas que j’en ouvre un. Le soir, longtemps après que je sois allée me coucher, croyant probablement que je dormais, elle l’a écouté au salon. Je l’ai vue à travers la porte vitrée, les yeux fermés, les mains immobiles sur les genoux, ébauchant parfois un mouvement, comme malgré elle. L’espace d’un instant, j’ai eu de la peine pour elle.

Et j’ai compris pourquoi elle a tout arrêté : elle n’avait pas le niveau pour ce morceau, qui est probablement le plus difficile du répertoire pianistique. En finissant de vider les tiroirs, j’ai trouvé quelques articles de journaux de l’époque, en voici un, pas le plus méchant, mais pas le plus gentil non plus…


article-isabelle-fr

Mais c’était de la folie, aussi, à son âge, et pour des débuts, de choisir ce morceau. A-t-elle été trop ambitieuse ? Mal conseillée par son professeur ? Poussée par la maison de disque ? Voici le premier mouvement joué par Martha Argerich, mon interprétation préférée. Il y a cinq vidéos au total, car c’est un concerto extrêmement long, aussi je ne vous mets que le début :


Carrière brisée ?

Pauline am 5. Oktober 2009 um 19:14

(Zur deutschen Version : Scherben einer Karriere)

Vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé ! Samedi, je m’ennuyais, il a plu toute la journée et je n’avais plus envie de jouer du piano. J’ai demandé à maman si je pouvais avoir le vieux secrétaire qui prend la poussière sous l’escalier et ne sert à rien, sinon à y entreposer des vieilleries. Je trouve qu’il est beau, avec tous ses tiroirs et son abattant, je vais le décaper et le repeindre et le mettre dans ma chambre, à la place de mon bureau de petite fille.

Au fond du plus grand des tiroirs, plié dans du papier journal, il y avait un paquet carré, que j’ai ouvert : 10 CD, encore dans leur emballage d’origine, jamais ouverts. 10 CD identiques… Le Troisième concerto pour piano de Rachmaninoff, par Isabelle Kerbriant, 1990. Je n’en reviens pas. Je veux dire, je savais qu’elle jouait du piano et plutôt pas mal, c’est elle qui m’a appris quand j’étais petite. Mais depuis que je prends des cours avec Madame Bolchakova (depuis que suis meilleure qu’elle, en fait), elle ne joue plus. Mais je ne savais pas qu’elle avait essayé de faire carrière. Pourquoi a-t-elle arrêté ?

Jeu de hasard

Pauline am 1. Oktober 2009 um 20:02

(Zur deutschen Version: Glücksspiel)

Antoine a eu un problème : il était en vadrouille avec un copain, ce weekend, et il avait laissé son sac à dos dans la voiture. Quand ils sont sortis du supermarché, après même pas une heure, toutes leurs affaires avaient disparues. C’est incroyable. Ils se sont fait casser la voiture en plein jour ! Adieu l’appareil photo digital, le lecteur de mp3, et son portefeuille avec pas mal de liquide. Il va avoir du mal à tenir les prochaines semaines. Il a donc appelé à la maison pour que les parents lui envoient de l’argent. Ils ont dit oui, à condition qu’il ouvre un compte, pour qu’ils puissent lui faire un virement. Et ils lui ont fait la leçon : pas question de se balader avec l’argent du loyer sur lui à nouveau.

Mais ça, c’était la version officielle. A moi, il a raconté qu’il avait fait une grosse connerie : il s’est laissé entraîner par une bande de potes dans un casino (au nom un peu ridicule, le Las Vigas, pas à Barcelone même, mais dans les environs), et il a perdu, continué à jouer, perdu encore… jusqu’à ce qu’il n’ait plus un centime.




Il avait vraiment honte (je crois qu’il avait un peu bu ce soir-là) et il m’a juré qu’il ne le referait plus. Je ne dirai rien à personne (sauf s’il recommence). Mais je me demande s’il se sent bien, à Barcelone, tout seul.

La musique

Pauline am 25. September 2009 um 21:30

(Zur deutschen Version: Die Tonkunst)

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autre fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Charles Baudelaire
Les Fleurs du mal
1855

sailboat-at-night

Je veux - et je vais composer ma propre musique…

Cartable et dico

Pauline am 19. September 2009 um 20:33

(Zur deutschen Version: Schulmappe und Wörterbuch)

Je suis en quatrième et l’année scolaire est déjà bien entamée. Entre mes leçons de piano avec Mme Bolchakova (deux fois plus que l’année dernière) et le collège, où il y a quand même plus de travail qu’en cinquième, je n’arrive quasiment plus à me connecter. J’ai commencé l’anglais en deuxième langue, je ne peux pas dire que j’aime trop. J’ai beaucoup de mal à me faire à la prononciation alors que l’allemand, j’ai adoré depuis le début. Et cette année, c’est cool, on va avoir des correspondants dans un « Gymnasium » à Berlin. Le rêve : je vais aller en Allemagne, et pas n’importe où ! Mais seulement l’année prochaine. Ce sont les élèves de troisième qui partent, pas nous. C’est pas grave, ça me laisse plus de temps pour devenir amie avec ma corres’ et j’espère que je m’entendrai bien avec elle.

Maman me surveille avec des yeux d’Argus, elle prend vraiment ce concours de piano très au sérieux, je trouve ça plutôt étonnant, on dirait que le collège ne l’intéresse plus du tout. Je pourrais avoir des zéros partout, je crois que cela ne lui ferait ni chaud ni froid. Par contre, elle m’a inscrite dans un cours d’allemand supplémentaire, une espèce de cours de soutien, parce que je vais en avoir besoin à Francfort. « Na ja », comme ils disent là-bas, je n’ai pas le choix…